La file s’étire devant une agence de Moscou dès six heures du matin. Parmi les visages tendus, Igor, 54 ans, a déjà vidé son compte épargne à la mi-juin. Comme lui, des milliers de Russes veulent récupérer leurs économies avant l’annonce d’une éventuelle saisie.
Ce scénario n’appartient pas à la fiction. Entre janvier et juillet 2026, les retraits ont atteint 24,4 milliards d’euros. Environ 300 milliards de roubles quittent chaque mois le système bancaire. L’ampleur du mouvement rappelle les pires heures de 2022.
Des retraits massifs qui touchent toutes les banques russes
La tendance s’est accélérée au printemps. Selon les données de Banks.ru, la demande de liquidités a commencé à grimper dès mars. Elle ne cesse de progresser depuis. Les liquidités détenues hors des banques ont bondi de 17,5 % sur un an.
Le mois de juillet a été particulièrement révélateur. Les espèces en circulation ont augmenté de 643,4 milliards de roubles, soit 6,53 milliards d’euros. C’est la plus forte hausse mensuelle depuis le début de l’année. L’élan ne faiblit pas : sur les deux premières semaines d’août, 286,4 milliards de roubles supplémentaires ont été retirés.
- 24,4 Mds €retirés en 7 moisde janvier à juillet 2026
- 643,4 Mds RUBretirés en juilletrecord depuis le début de l'année
- 17,5 %hausse des liquidités hors banquessur un an
- 0,3 %croissance du PIBpremier semestre 2026
Un rythme qui n’avait plus été observé depuis 2022
En 2022, la ruée avait suivi l’invasion de l’Ukraine. La banque centrale avait relevé son taux à 20 % et instauré des contrôles de capitaux. La tension s’était peu à peu apaisée. Cette fois, la fuite s’étend dans la durée.
Les enseignes les plus exposées en font les frais. Cinq des sept plus grandes banques du pays enregistrent des retraits nets de la part des particuliers.
Saisie des économies : une peur qui a des précédents
Pourquoi cette affluence aux guichets bancaires ? Deux craintes se conjuguent. La première concerne les frappes ukrainiennes contre les raffineries et les infrastructures logistiques. La seconde, plus profonde, porte sur la possibilité d’une saisie des dépôts par l’État.
Le Kremlin affirme n’avoir aucune intention de confisquer l’épargne. Pourtant, les précédents récents nourrissent le doute. En 2025, les procureurs russes ont placé sous contrôle de l’État environ 51,5 milliards de dollars d’actifs privés. En juin 2026, le milliardaire Vadim Moshkovich a vu des actifs de 7,6 milliards de dollars saisis.
Les signaux d’une pression croissante sur l’épargne
Le pouvoir réclame aussi des « dons » volontaires aux oligarques. Les médias locaux évoquent des centaines de milliards de roubles versés au budget fédéral. En parallèle, les banques financent massivement les secteurs militaires. Cette situation fragilise leur bilan.
Plusieurs causes expliquent la défiance actuelle :
- 💥 Une crainte de voir les dépôts gelés pour le financement de la guerre.
- ✈️ Des frappes de drones ukrainiennes qui désorganisent l’économie réelle.
- 📉 Une croissance au point mort, autour de 0,3 % au premier semestre 2026.
- 🏦 Des établissements sollicités pour prêter à l’État, donc plus risqués.
Le palmarès des sorties de capitaux
Certaines banques sont plus touchées que d’autres. Gazprombank est la plus affectée. En quatre mois, elle a perdu 299,5 milliards de roubles, soit 10,8 % des dépôts des particuliers.
Rosselkhozbank a vu partir 270,5 milliards de roubles, une chute de plus de 15 %. Alfa-Bank, première banque privée du pays, enregistre une sortie de 179,4 milliards de roubles, soit 5,6 % de ses dépôts.
D’autres grands noms suivent la même trajectoire. Sovcombank perd 81,7 milliards de roubles. VTB, 20,4 milliards. Même Sberbank, longtemps protégée, a connu des retraits de 211,6 milliards en juin, puis de 31,8 milliards en juillet.
T-Bank fait figure d’exception. L’établissement a vu ses dépôts augmenter de 193 milliards de roubles. Cette différence peut s’expliquer par des taux attractifs ou une clientèle plus jeune. Elle ne suffit pas à inverser la tendance générale.
Une économie russe de plus en plus fragile
La guerre pèse lourdement sur les finances publiques. Le produit intérieur brut n’a progressé que de 0,3 % au premier semestre 2026. Les propres chiffres du Kremlin sont en baisse par rapport aux 1,2 % de la même période en 2025.
Les grandes entreprises transfèrent aussi leurs fonds à l’étranger. Au deuxième trimestre, plus de 9,4 milliards de dollars ont quitté le système bancaire russe. Même les acteurs économiques proches du pouvoir semblent douter de l’avenir.
Un avertissement venu des hautes sphères
Andrei Klepach, économiste en chef de la banque publique VEB, avait publiquement remis en cause la stratégie russe. Il a été limogé après son intervention de mai. Ses mots résument l’inquiétude : « Nos coûts explosent ».
Cette sanction envoie un message clair. Discuter ouvertement des difficultés économiques devient impossible. Cela ne fait qu’accentuer la peur des épargnants.
Quels réflexes pour l’épargnant français ?
Ce scénario ne concerne pas directement un particulier en France. Mais il rappelle quelques principes utiles face à une situation de panique bancaire.
- 🔍 Diversifier ses liquidités entre plusieurs banques.
- 🛡️ Vérifier la solidité des établissements avant d’y déposer son argent.
- 📊 Suivre les signaux macroéconomiques : croissance, inflation, interventions de l’État.
- 🌍 Garder une part de son épargne sur des supports réglementés ou à l’étranger.
La situation russe offre un cas d’école. Elle montre comment la confiance s’effondre lorsque la politique prend le pas sur l'économie. L’épargnant averti observe ces signaux avec vigilance, sans céder à l’émotion.
Pourquoi les Russes vident leurs comptes
Est-ce que le gouvernement russe peut vraiment saisir l'épargne des citoyens ?
Le Kremlin dit que non. Mais les précédents de 2025, avec plus de 50 milliards de dollars d'actifs placés sous contrôle de l'État, font douter.
Où vont les gens qui retirent leur argent ?
Une partie reste en cash sous le matelas. Les plus grosses fortunes le transfèrent à l'étranger.
Pourquoi certaines banques perdent plus que d'autres ?
Tout dépend de leur clientèle. T-Bank attire des jeunes et propose des taux élevés, donc elle gagne des dépôts pendant que les autres en perdent.
Ça va durer combien de temps, cette fuite ?
Impossible à dire. Les retraits se sont accélérés en août, aucun signe d'apaisement pour l'instant.
Une petite anecdote perso ? On les adore
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Malo suit les sujets d’argent avec une obsession simple : comprendre les frais, le risque et l’horizon réel. Il aime transformer les contrats denses en repères utiles pour décider.
8 commentaires
24,4 Md€ de retraits : la défiance dépasse le simple réflexe, c’est un krach de confiance.
Bonjour Malo, utile de rappeler que le retrait massif signale une perte de confiance dans le système financier russe.
Quand l’épargne devient un risque, il faut diversifier. Leçon à retenir pour nos propres finances familiales.
Des retraits massifs qui fragilisent le système. Analyse fine à faire sur la liquidité des banques russes.
La défiance des déposants russes est un signal fort. Il faudra surveiller la réaction de la banque centrale pour anticiper la suite.
Comme en 2022, le réflexe de fuite vers le cash montre que la stabilité bancaire est fragile. Bien analyser les signaux avant d’investir.
Bonjour Malo, la panique bancaire est un classique. Dès que la confiance se fissure, les liquidités prennent la poudre d’escampette.
Question bête : est-ce que ces gens perdent tout si la banque fait faillite ? Comment on sécurise son épargne dans un pays comme ça ?